Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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Jules Simon (1814-1896)

La liberté de conscience , [1857] 1853

 

Issu d’une famille lorraine d’origine juive, François-Jules Simon Suisse, dit Jules Simon, est né à Lorient. Reçu à l’Ecole normale supérieure en 1833, agrégé de philosophie en 1836, il soutient sa thèse de doctorat en 1839 et prend la suppléance de Victor Cousin à la Sorbonne. En 1848, il siège à la Constituante et préside la Société démocratique des libres penseurs. Après le coup d’Etat, il refuse de prêter serment à Louis-Napoléon et son cours est suspendu. Il est élu député en 1863. Ce philosophe spiritualiste, inspiré par l’idée de religion naturelle et par l’esprit de l’Evangile est, en politique, un républicain modéré, antijacobin et libéral, capable de rassembler les libéraux de diverses tendances. Ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement de la Défense nationale puis dans celui de Thiers, élu député en 1871, il se préoccupe du sort des ouvrières et de la question scolaire. Franc-maçon et membre de nombreuses associations philanthropiques, ce rival de Gambetta devient Président du Conseil et Ministre de l’Intérieur sous Mac-Mahon, avant d’être révoqué par l’acte du 16 mai 1877. Sénateur et académicien depuis 1875, il incarne, dans la dernière partie de sa carrière, un courant républicain conservateur, luttant contre l’intolérance, qu’elle soit religieuse ou politique. Hostile au Concordat et partisan d’une totale liberté des cultes, il plaide, dans les années 1880, pour la liberté des associations religieuses menacées par l’offensive anticléricale. 
La première édition de La liberté de conscience, parue en 1857 (Paris, Hachette), retranscrit une série de conférences données à Gand. L’ouvrage connaît une deuxième édition, la même année, puis une troisième, en 1859. En 1867, il est refondu et réactualisé (quatrième édition) puis réédité en 1872 (cinquième édition). La sixième édition, en 1883, est précédée d’une nouvelle préface. Le propos est essentiellement historique et juridique. L’exposé de plusieurs siècles de persécutions est suivi d’une analyse détaillée de la Constitution civile du clergé et du Concordat de 1801. En régime concordataire, les cultes reconnus sont protégés mais surveillés et encadrés, tandis qu’une réglementation des cultes réellement libérale devrait se limiter aux règles de droit commun. Tel est l’argument. La réédition de cet ouvrage en pleine période de réformes laïques pouvait être interprétée comme une volonté d’avancer vers la séparation, ou, aussi bien, comme une défense des libertés religieuses. Simon avait développé la seconde orientation, en réaction contre la politique anticléricale, dans un livre paru quelques mois auparavant (en novembre 1882) sous le titre : Dieu, Patrie, Liberté (Paris, C. Lévy, 1883). Ecrits à des moments différents, ces deux ouvrages se complètent.
Le texte de La liberté de conscience que nous publions a été établi d’après la sixième édition, dernière parue du vivant de l’auteur. Nous avons conservé l’orthographe, parfois désuète(en particulier sur l’accentuation) mais corrigé les erreurs manifestes, et modernisé  certaines formes typographiques (disposition des notes et points de suspension).

Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont)

 

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