Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française
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ANDRE-FRANCOIS BOUREAU-DESLANDES
Histoire critique de la philosophie [1737] 1756
André-François Boureau-Deslandes nait à Pondichéry. Son père en était gouverneur et, comme directeur général de la Compagnie des Indes orientales, il entretint des relations diplomatiques avec le roi de Siam. André-François sera correspondant à Rochefort pour l’Académie des Belles Lettres, Sciences et Arts de La Rochelle, élève géomètre à l’Académie des Sciences de Paris, membre de l’Académie de Berlin et Commissaire général de la Marine à Rochefort puis à Brest (1716). Il publie anonymement et sans permission tacite en 1737 une Histoire critique de la philosophie, où l’on traite de son origine, de ses Progrès, et des diverses Révolutions qui lui sont arrivées jusqu’à notre tems, par M. D *** (Amsterdam, Changuion, 3 tomes in 12° ; suivirent deux éditions, l’une chez le même éditeur en 1741, l’autre chez Jean Nourse à Londres en 1742). En 1756, l’auteur ajoute un quatrième tome dans une « Nouvelle édition, par M. Deslandes », chez Changuion (4 tomes in 12°). Nous rééditons cette édition en 2 volumes – le premier contient les tomes I (Livres I et II) et II (Livres III à VI) ; le second les tomes III (Livres VII à IX) et IV (Livre X), en suivant l’exemplaire communiqué par la Bibliothèque de la Sorbonne (cote : S.P.h. 8 le ) . Dès 1737, l’ouvrage eut un grand succès. |
L’auteur prend explicitement ses distances par rapport aux différentes histoires contemporaines et à l’Historia critica philosophiae de Jacob Brucker (1742 puis 1756), dans laquelle les éditeurs de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772) puiseront largement. Il déclare jouer le personnage de « critique » : sans vouloir considérer la philosophie de manière universelle, sans porter « les livrées d’aucun Philosophe », l’auteur implique toutes les disciplines dans la détermination de la philosophie singulière de chaque peuple – si elle enveloppe, chez les anciens, leur théologie, leur religion, les origines de leur histoire, leur jurisprudence et leur morale, elle se réduit chez les modernes aux sciences exactes et naturelles. Il définit sa position en récusant les compilations, les biographies anecdotiques, les tentatives de conciliation entre anciens et modernes, entre paganisme, judaïsme et christianisme. L’érudition de Boureau-Deslandes est considérable ; elle fait une part importante à la contextualisation des différents savoirs, et propose un schéma en quatre « âges » pour étudier, dans chaque période, « quelles sciences étaient comprises sous [le] nom [de philosophie]» – car « presque toutes les Nations ont eu des philosophes ».
Le premier âge (ch. I à VII) était à la fois l’histoire et la théologie des anciens peuples, des Phéniciens et des Perses, des Celtes, des Ethiopiens, des Egyptiens et des Indiens.
Le second âge (ch. VIII à XXIX) est celui des Grecs, qui firent succéder une physique et une philosophie de détail et de système à la philosophie historique qu’on avait connue jusqu’alors.
Le troisième âge (ch. XXX à XLIII) est celui de Rome, de l’histoire chrétienne, des nouveaux systèmes de philosophie inventés par les Arabes et les scholastiques.
« Le quatrième âge de la philosophie commença en Italie » lorsque les Beaux-Arts furent ranimés, « renouvelant » le genre humain en s’étendant à toute l’Europe (ch. XLIV à LVI).
La philosophie est utile à la société, à l’humanité, à la formation du bon sens. Elle «influe sur les mœurs et entre dans le cabinet des grands hommes ». Il importe « d’apprendre à bien penser pour bien vivre ». Cette histoire critique n’est pas providentialiste, et l’auteur pose le problème du double discours des philosophes anciens et modernes.
Boureau-Deslandes fut particulièrement attentif à l’histoire des mœurs et des arts : ce dont témoignent ses contributions aux mémoires des académies savantes, et plusieurs essais : Essai sur la marine et le commerce, avec des remarques historiques et critiques de l’auteur, Amsterdam, par M. D ***, Changuion,1743, Essai sur la marine des anciens et particulièrement sur leurs vaisseaux de guerre (1768), Lettre sur le luxe, Francfort,1745 ; il publia des réflexions sur l’histoire navale de l’Espagne et de l’Angleterre. Il s’intéressa aux sciences de la nature et au problème épistémologique des normes de la certitude : Recueil de différents traités de physique et d’histoires naturelles propres à perfectionner ces deux sciences , 1748-1753 ; Histoire des anciennes révolutions du globe terrestre, avec une relation chronologique et historique des tremblements de terre, arrivés sur notre globe depuis le commencement de l'ère chrétienne jusqu'à présent [Ouvrage de J. G. Kruger, traduit par F. A. Deslandes],1752 ; [anonyme] De la certitude des connaissances humaines ou examen philosophique des diverses prérogatives de la raison et de la foi, traduction de l’anglais par F.A.D.L.V., Londres, Robinson,1741 ; Traité sur les différents degrés de certitude morale par rapport aux connaissances humaines, Paris, Quillau fils, 1750 .
Il occupe une place dans l’histoire des philosophes sceptiques à laquelle il se rattache encore par des essais libres comme L’apothéose du beau sexe,1715 ; L’art de ne point s’ennuyer, 1741 ; Pigmalion ou la statue animée, 1741, condamné au feu par le Parlement de Dijon (rééd., Desjonquères, 1998) ; les Réflexions sur les grands hommes qui sont morts en plaisantant, 1732 (réédition 2002) ; La Fortune, histoire critique, s.l.,1751 ; L’optique des mœurs opposée à l’optique des couleurs, s.n.,1742 et 1756.
Nous avons suivi l’orthographe (variable) et la ponctuation originales sauf erreurs manifestes ou usages gênant la lecture ; en revanche, nous avons modernisé l’orthographe des noms de personnes. Dans l’Index, nous avons rectifié plusieurs erreurs dans les noms, les renvois ou la pagination.
(Francine Markovits)