Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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BOSSUET

De la connaissance de Dieu et de soi-même (1722)

« Comment puis-je me fier à toi, ô pauvre philosophie? » s’écriait l’Aigle de Meaux (1627-1704), plus connu pour ses admirables Sermons et Oraisons funèbres et ses polémiques implacables que par ses traités de philosophie. Prédicateur à la Cour — la seule voix qui se permît de rappeler au Roi-soleil l’infinité de son néant—, évêque de Condom, précepteur du Dauphin, reçu à l’Académie française en 1671, il devient, dix ans après, évêque de Meaux, et se consacre à la défense de l’Eglise catholique, contre les quiétistes et Fénelon, tranche (avec une rigueur excessive) la question de la réunion des Eglises, et défend le gallicanisme contre les prétentions du pape.
Rédigé vers 1670 pour l’instruction du Dauphin, le Traité, intitulé aussi Introduction à la philosophie, veut consigner «ces choses hors de doute et utiles à la vie» que doit connaître un jeune prince chrétien destiné à régner. L’esprit et le programme en sont globalement cartésiens, en ce que l’auteur suit l’enseignement des anatomistes et des médecins qui ont admis les principes et la méthode de Descartes, mais la référence à S.Thomas et à S.Augustin surtout est constante car si la connaissance de soi-même (de l’âme, du corps, et de leur union) mène à celle de Dieu en tant que créateur, seule la sagesse divine peut éclairer l’âme sur son essence et sa destination, et lui faire connaître la perfection divine. La théologie rationnelle le cède à la foi, et la morale à la religion : la science humaine n’épuise pas le secret de l’humain, ce mélange où l’ange et l’animal se complètent et se nient — «le plus bel endroit de l’homme».

Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont)

 

 

Présentation du livre

L' Introduction à la philosophie ou De la connaissance de Dieu et de soi-même ne connut d'éditions que posthumes: la première date de 1722, publiée chez Gabriel Amaulry à Paris, sans nom d'auteur, d'après une copie retrouvée dans les papiers de Fénelon. Lorsqu'en 1708 J.B. Bossuet Evêque de Troyes reçut privilège du roi pour vingt ans à fin de publier les œuvres de son oncle, il donna en 1741 chez la Veuve Alix une édition "plus correcte", d'après une copie revue par l'auteur et conservée à la Bibliothèque royale. L'Abbé Caron, chargé de la révision du texte en vue de la publication des Œuvres complètes de 1818, ne put obtenir ladite copie qu'en 1845, dont l'authenticité est garantie par une note de l'Abbé Ledieu, secrétaire de Bossuet: pour constater que l'édition de 1722 y était conforme (sauf erreurs de lecture ou de fabrication), tandis que celle de 1741 comportait de nombreuses interpolations (dues à l'Evêque de Troyes ou à l'éditeur chargé du travail). Après avoir collationné la copie authentifiée, l'édition de 1722 et celle de 1741, l'Abbé Caron donna en 1846 la seule édition correcte de l'ouvrage (Paris, Lecoffre, 1846, in 12°), que suivront les éditions postérieures.
Notre principe étant de conserver l'orthographe et la ponctuation originales, nous avons suivi le texte de 1722 (sur un exemplaire publié chez Horthemels à Paris) en le collationnant à celui de 1846 (d'après la troisième édition, Paris, Lecoffre, 1875, exemplaire prêté par la Bibliothèque S.J. de Chantilly). Les fragments entre crochets [ ] figurent dans l'édition de 1722 mais non dans celle de 1846, et peuvent être considérés comme une lecture erronée du premier éditeur; les crochets < > donnent la leçon rétablie par Caron d'après le manuscrit.

Christiane Frémont

 

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