Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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BONNET

Palingénésie philosophique [1770] (1783)

Charles Bonnet (1720-1793), qu’une famille aisée destinait à la jurisprudence, se découvrit une vocation de philosophe naturaliste à la lecture de l’Abbé Pluche et de Réaumur. En 1740, ses observations sur la parthénogenèse des pucerons lui valent le brevet de correspondant de l’Académie des Sciences. La découverte de Haller sur la formation du poulet lui semble prouver la préexistence des germes, hypothèse que la Théodicée de Leibniz lui avait inspirée dès 1748 — Bonnet toutefois optera pour l’ovisme contre l’animalculisme.

Grand observateur (il y perdit la vue), expérimentateur habile et audacieux mais toujours soucieux de la souffrance des animaux, Bonnet correspondit avec tous les naturalistes du temps, ce qui fait de lui l’un des meilleurs connaisseurs des sciences du vivant au dix-huitième siècle.

Le sous-titre de l’ouvrage en révèle suffisamment le propos : « idées sur l’état passé et sur l'état futur des êtres vivants, ouvrage destiné à servir de supplément aux derniers écrits de l’auteur, et qui contient principalement le précis de ses recherches sur le christianisme. » Cet « essai de leibnizianisme » résume la pensée de l’auteur sur les diverses parties de la science de l’homme et de la nature,  pour se lancer dans des conjectures sur la destinée des vivants (Bonnet soutient l’âme des bêtes), à partir des thèses de l'Essai de psychologie de1754 puis de l'Essai analytique des facultés de l’âme de1759 ( la "mécanique des sens", le rapport de l'âme au corps, l'influence du physique sur le moral, l'origine des idées, le rôle de la mémoire – le philosophe expérimente en même temps que Condillac l'hypothèse de la statue, mais pour un résultat différent – , la fonction de l'habitude et de l'éducation, le problème de la liberté). Suit de là une étrange méditation sur les mutations possibles de l'animalité (ancrée dans la théorie de l'emboîtement des germes) et sur la destinée morale des animaux (sans préjudice pour la doctrine chrétienne). La partie apologétique de l’ouvrage montre que le christianisme ne consiste pas dans la théologie, car c’est l’homme, non Dieu, qui est l’objet  véritable de la religion, qu’il faut en cela  dire naturelle.

 

Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont)

 

Présentation du livre

La Palingénésie philosophique est le dernier grand ouvrage de Bonnet. Composant en 1767 l’introduction d’une Morale philosophique alors en projet, l’auteur voulut appliquer à tous les êtres vivants l’hypothèse exprimée dans l’Essai analytique sur les facultés de l’âme (1760) concernant la vie future de l’homme : le développement prévu, en mars 1768, d’une trentaine de pages donna naissance aux deux volumes publiés à Genève au printemps 1769.
Après une contrefaçon de ce livre interdit en France imprimée à Lyon en 1770, une seconde édition (avec quelques additions) parut simultanément à Genève et à Lyon. En 1770, puis en 1771, Bonnet publie à Genève une édition séparée des Recherches sur les preuves du Christianisme, réorganisées, et même augmentées d’un chapitre, “le plus important de tous” selon son auteur (XVIIè Partie, ch.II; plus des additions au ch.III, ainsi qu’à la XXIè Partie) dans la seconde impression. Car en 1770 Gaspard Lavater donnait une traduction allemande de la première édition de la Palingénésie en publiant séparément les Recherches, dédicacées, sans l’aveu de Bonnet, à Moses Mendelssohn, qu’il sommait de réfuter les preuves de l’auteur, ou de se convertir — d’où suivit une mauvaise querelle, d’ailleurs élégamment terminée entre les deux philosophes, à propos de la religion judaïque —; le second tirage des Recherches tiendra compte des remarques de Mendelsshon, lequel ne fut cependant pas satisfait des “notes responsives”.
Bonnet entreprit en 1775 l’édition compète de ses Œuvres chez Samuel Fauché à Neuchâtel; le tome VII (1783) donne l’ultime texte complet que nous reprenons ici, encore une fois revu et augmenté plus que ne le disent les Mémoires autobiographiques (R.Savioz, Paris, 1948), conformément aux avancées des sciences naturelles contemporaines, avec une importante addition au chapitre VI de la XXIè Partie sur la propagation de l’Évangile; certains fragments du texte sont passés en notes. L’auteur a signalé (††) les notes nouvelles de la dernière révision(avec quelques oublis); simplifié la typographie extrêmement complexe des premières éditions, sans toutefois renoncer à un usage immodéré des majuscules et des mots en capitales — que nous avons néanmoins suivi, mais en uniformisant la taille des caractères. L’orthographe est parfois variable; dans de très rares cas, nous avons corrigé un mot manifestement erroné en suivant l’édition de Genève de 1770.

Christiane Frémont

 

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