Corpus des Œuvres de Philosophie en Langue française

 

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D'ALEMBERT

Essai sur les éléments de philosophie (1759)

De l’église où, déposé par Mme du Tencin, le recueillit la femme d’un vitrier, Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783) tient son premier nom, et s’illustra comme on sait sous le second. Ses travaux de mathématiques le font recevoir en 1741 à l’Académie des sciences ; ses traités de mécanique le placent au premier rang des «géomètres» ; en 1746, il remporte le prix de l’Académie de Berlin sur la question de la cause générale des vents. Associé à l’Encyclopédie, il en rédige le Discours préliminaire. En 1754, il entre à l’Académie française, dont il deviendra Secrétaire perpétuel.
L’avènement de la physique de Newton bouleverse alors l’épistémologie continentale : le modèle mathématique cartésien s’efface devant la pensée expérimentale, qui laisse l’ordre des raisons pour un calcul des données, et la certitude pour la prévision. Le physicien, qui décompose et classe les phénomènes, approche plus de la vérité que le géomètre voué à l’esprit de système. D’Alembert, parmi les premiers, énonce distinctement ce que nous appelons aujourd’hui le critère de la falsifiabilité des hypothèses. Les Eléments de philosophie offrent à la fois une histoire de la raison et un tableau des objets auxquels celle-ci peut légitimement prétendre — anticipant la problématique kantienne. Le droit, la morale et la religion n’échappent pas non plus au protocole de la méthode expérimentale.

Catalogue des Auteurs, décembre 1995. (Christiane Frémont)

 

Présentation du livre

L' Essai sur les Élémens de Philosophie fut publié au Quatrième volume des Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie en 1759 (Amsterdam, Z. Chatelain et fils). Selon Gilles Maheu (“La vie et l'œuvre de Jean d'Alembert; étude bio-bibliographique”, Thèse, Paris 1967, chapitre 5), cette édition fut faite à Lyon par Bruyset. En 1767 parut le Cinquième volume qui contient les Éclaircissemens sur différens endroits des Élémens de Philosophie. Comme l'indique l'Avertissement qui ouvre ce volume, les Éclaircissemens ont été écrits principalement à la suite de remarques adressées à d'Alembert par Frédéric II. L'Avertissement précise en outre que l'auteur se proposait de donner une suite aux Éclaircissemens: en 1887, Charles Henry publie les Œuvres et Correspondances inédites de d'Alembert (Perrin), où l'on trouve deux “Éclaircissements” inédits. Ces textes n'ont cependant pas été imprimés du vivant de l'auteur: c'est pourquoi on ne les trouvera pas dans la présente édition. Enfin, toujours dans l'Avertissement, d'Alembert ajoute que les Élémens et les Éclaircissemens auraient pu être “refondus” en un texte continu. Aussi les éditeurs ultérieurs (Bastien en 1805 et Belin en 1821) ont présenté chaque “Éclaircissement” à la suite du chapitre correspondant des Élémens. Suivant le principe du Corpus, nous sommes revenus à la présentation initiale.
D'Alembert renvoie fréquemment à des textes publiés dans les Mélanges… Lorsque les renvois concernent le texte des Élémens ou celui des Éclaircissemens, nous avons signalé la pagination de la présente édition; nous avons conservé la pagination originale pour les autres.
Pour l'établissement du texte, nous avons utilisé : Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie, Amsterdam, Z. Chatelain et fils : éditions de 1759, 1767, 1770 et 1773, volumes 1 (extrait de la Préface), 4 (Élémens) et 5 (Extrait de l'Avertissement et Éclaircissemens).
D'Alembert projetait une réédition des Mélanges en 1783, l'année de sa mort. Une édition existe (Leide, Murray), dont nous n'avons trouvé que le cinquième volume à Paris. D'Alembert a-t-il pu en établir définitivement le texte? Sur cette question, les biographes ne s'accordent guère. Nous avons donc suivi le texte de 1773. Seules deux variantes nous ont paru devoir être signalées: elles figurent entre crochets page 250.

Catherine Kintzler

 

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